anecdote
Une anecdote du grec α préfixe
privatif et εκδοτος : inédit, est une particularité
historique, un trait de mœurs ou de caractère, un détail secondaire de
l’action, une petite histoire qui se raconte plaisamment et se retient aisément
car faisant appel aux sentiments : humour, horreur... et dont la transmission orale est, en
conséquence, aisée.
Ce mot a d’abord
été utilisé, dans son sens étymologique originel, comme titre de recueils
d’ouvrages publiés pour la première fois : tels sont les Anecdota græca
de Muratori, de Bekker, etc., le Thesaurus
anecdotorum de Mortara.
L’histoire remplie
d’anecdotes pouvait être considérée comme acceptable du moment que l’écrivain
n’affichait pas de prétention à l’histoire. Sainte-Beuve, qui peut figurer tant dans l’histoire que la
critique littéraire s’est montré, dans ces deux genres, aussi anecdotier que Tallemant des Réaux dont il a pourtant dit « qu’il était né
anecdotier, comme La Fontaine était né fablier ».
L’art de raconter
une anecdote fait une grande partie du charme de la conversation. Le genre
oratoire ne repousse pas non plus l’anecdote qui pique la curiosité et tient les
esprits en suspens. La Fontaine a dit à propos d’un orateur athénien,
réveillant son auditoire par un récit anecdotique que :
J’y prendrais un
plaisir extrême.
L’anecdote a
également tenu, à une certaine époque, une grande place dans le journalisme
littéraire. Durant le second Empire, lorsque
la législation interdisait à la presse à traiter de politique, celle-ci s’y est
déguisée sous le nom de « Nouvelles à la main », de « Bruits du
jour », de « Chronique », d’« Échos ». Le journalisme
anecdotique a le plus de succès dans les contrées où les citoyens peuvent le
moins participer à la chose publique.
Tout auteur qui
désire faire preuve de rigueur intellectuelle doit trouver une source fiable
pour étayer l’anecdote, par exemple le témoignage d’un chroniqueur
de la cour pour vérifier l’authenticité d’un propos rapporté d’un grand
seigneur. Les chroniques diffèrent surtout de l’histoire par la profusion des
détails anecdotiques qui les font glisser dans un fastidieux potin volontiers
relevé de scandale. L’historien ne doit ni prodiguer l’anecdote, ni la
négliger. Bannir l’anecdote par un sentiment exagéré de la dignité de
l’histoire, peut la contenir dans une généralité pompeuse, contraire à
l’intelligence des hommes et des temps. Certaines anecdotes comme celle du vase de Soissons
éclairent d’un jour très vif les mœurs et les institutions du passé, en apprend
très long sur la constitution de l’ancienne société
franque, et propose
aujourd’hui de nombreuses pistes de réflexion à l’historien des temps mérovingiens.
Mérimée a dit : « Je n’aime, dans
l’histoire, que les anecdotes, et parmi les anecdotes je préfère celles où
j’imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères. » Cette
préférence de certains esprits et de certaines époques pour l’anecdote a
pourtant eu ses dangers et on peut citer, au nombre des historiens que l’abus
des particularités a déconsidérés, Suétone que Voltaire appelait un
« anecdotier très suspect ».
L’anecdote n’est
pas sans rapport avec l’idée reçue, car elle ne
privilégie pas particulièrement la vérité historique (peu de vérification) et
est très souvent relatée, par exemple dans les cours d’histoire pour éveiller
l’attention.